06.11.2009
Le troixième sexe
Dans ma ville, il y a, un boucher, des notables, un marché.
Dans ma ville, il y a, des écoles, des rumeurs, des rues piétonnes.
Et puis, il y a, aussi, c’est nouveau un Monsieur Dame.
Sur ses jambes, haut perché, sac à main, maquillé, et aux oreilles, des boucles, des boucles rondes et noires, qu’il enlève en massant doucement le lobe douloureux.
Je le regarde passer, sur la place du marché, et je me dis qu’il faut tellement tant de cran pour assumer tout ça, ici, dans cette ville, les notables, le boucher, rues piétonnes et école.
Quelques mois ont passé. Samedi, toujours, jour de marché.
À travers la vitrine, je la vois hésiter. Talons hauts, jupe serrée, les seins bien dessinés, ses cheveux ont poussé.
A travers la vitrine, je la vois hésiter, Madame à peine Monsieur, et puis s’illuminer, sourire lèvres accroché.
Le boucher l’a salué, grand geste de la main, et je la vois heureuse.
Dans ma ville, il y a, des notables, mais ce n’est finalement pas tellement tant, non pas si grave que cela.
08:20 Publié dans Tiens, j'ai écrit ça, moi ? | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : troisième sexe
04.11.2009
Traité d’éducation à la con (ou Le Mimile*)
Récemment, un de mes clients a conjecturé que :
Petita mon travail étant de coller des mots les uns derrière des autres en vue de former des phrases intelligibles
et que
Petitbé ayant enfanté 2 merveilleux enfants, les susnommées Mini-Monstre Premier et Mini-Monstre en Second,
je serais la personne idoine pour écrire toute une série d’articles bien sentis sur l’éducation.
Entre 9H du matin et 18H, du lundi au vendredi, je rédige donc des textes brillantissimes, dans lesquels j’explique qu’avec un peu de bonne volonté, les gars, parents, c’est pas si compliqué…
Mais le week-end, c’est relâche…
Ainsi, samedi dernier, les Monstres et moi, on devait aller chez Décathlon.
Objectif : acheter 2 paires de baskets.
Temps estimé : 35 mn.
1H20 plus tard, transpirante et épuisée, je ressortais la rage au ventre et le rouge au front, en me disant que l’orgasme était décidément la ruse suprême de la Nature pour nous conduire à mettre bas des Monstres.
Jeunes parents égarés ici, voici donc les conseils d’éducation honteux que je ne peux pas donner en d’autres lieux :
1/ De ton plan initial, jamais tu ne dévieras :
Si tu veux acheter deux paires de baskets, achète deux paires de baskets, point-final.
N’espère pas acheter en passant des chaussons de gym « qui seraient adorables comme pantoufles pour Mini-Monstre en Second, non ? »
Car entre le « maaaais, des zhaussons de gym, cé pas des pantouf’» et le « beurk, ze les veux en rose pas en beige » sans oublier le « nan, ze veux pas les essayer » et le définitif « pff, tte façon, elles sont trop moches », ton achat-subit-en passant se transformera fatalement en phase de pré-crise subie.
2/ La vérité, tu apprendras :
Jeune parent innocent, il est grand temps de te dévoiler cette vérité connue des seuls initiés (les vieux parents) :
Entre 2 et 5 ans, l’Enfant qui a décidé de faire une crise… fera une crise, immanquablement, quoi qu’il advienne, tsunami, tremblement de terre, avalanche de cadeaux, fessée carabinée, ou reddition totale et sans condition de ses parents.
L’expérience aidant, tu sauras néanmoins détecter une phase de pré-crise dès les premiers signes avant-coureurs, tapage de pied par terre, montée dans les aigus, et succession de phrases décousues telles que « nan, ze veux pas les pantouf’ » « mais si, ze les veux » « mais naaaaan… »
Et tu auras alors la seule réaction raisonnable qui s’impose en ce cas - la fuite - au lieu de vouloir imposer ta volonté de mère-experte-es-éducation-quand-même, « si tu crois que je vais céder à ton caprice, tu te fourres le doigt dans l’œil, Mini-Monstre ! »
3/ La crise, dignement tu affronteras :
Problème éducatif :
Sachant que te voilà coincé un samedi après-midi dans une grande surface non sonorisée musicalement, avec 228 parents scrutateurs, en compagnie d’un Monstre fermement décidé à hululer (127 décibels mesurés) et à se rouler par terre pendant les 24 minutes à venir, quelle est la réaction appropriée pour ne pas te taper la honte ?
Il te suffit de te diriger avec beaucoup de dignité vers la cabine d’essayage la plus proche, d’y placer fermement le Monstre en Second, puis de feindre une conversation passionnante avec Mini-Monstre Premier alors qu’elle fait semblant de ne pas te connaître parce qu’elle a trop la honte, et surtout-surtout, de ne jamais croiser directement le regard d’un autre parent, même et surtout s’il est situé à deux centimètres de toi.
4/ De mansuétude, tu feras preuve :
Quand la bave aura cessé de couler de la bouche de ton Monstre, et que du bout de ses lèvres blanches de colères, elle aura consentie à bafouiller le sésame exigé « Par-snif-don-snif-Mô-snif-Man… », tu savoureras le silence enfin revenu.
Et quand ton Monstre parfaitement calmé te dira, comme si de rien n’était, « Ah ben Maman, c’était une grosse crise, hein, celle-là », tu ne la fusilleras pas du regard. Non.
Tu lui diras en la serrant très fort dans tes bras « Ah ça oui, mon amour, c’était une grosse crise, et Maman ne veut plus jamais que tu cries comme ça, c’est compris ? »
*Oui, bon, ça va, hein : J’en connais un - que nous ne dénoncerons pas Jean-jacques - qui a abandonné ses 5 enfants après avoir écrit un Traité d’éducation célébrissime…
14:45 Publié dans Mini-monstres, Maxi-emmerdes | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-jacques rousseau, mini-monstres
28.10.2009
Téléphone Blues
4 jours à la semaine, je suis donc assise seule dans mon joli bureau, occupée à ne pas jouer les salariées pour de faux.
Mais l'autre jour, rompant ce solitaire huit-clos, un Autre m'a appelé sur mon téléphone fixe : au bout du fil, voix d'un homme inconnu, « une erreur » s'excuse-t-il.
« Mais dites moi... » poursuit-il timidement plutôt que raccrocher « Si ça ne vous embête pas, si vous avez le temps, enfin si tout ça, est-ce que je... pourrais vous parler de, euh, de quelque chose d'un peu délicat, s'il vous plaît ? »
À l'aune de mon échelle de valeurs personnelles - largement inspirée par l'échelle maternelle - un garçon aussi poli ne pouvait être que gentil.
Et puis à l'aune de mon degré de curiosité personnelle, il n'y avait pas d'autre réponse possible que « Racontez, allez-y ! ».
Et alors voilà.
C'est ainsi : en plein après-midi, seule dans mon bureau, téléphone à l'oreille, j'ai écouté un inconnu me raconter sa vie, sa vie alambiquée, mais non n'insiste pas, je n'en dirais pas plus - Déontologie Oblige...
Ben oui, tout y était : moi sur le canapé, assise et attentive, ponctuant ses blancs par des « Oui, je vous écoute » bienveillants ; et lui parlant, juste parlant, n'attendant pas de réponses, finalement...
Et même qu'à la fin, mon inconnu parlant m'a donné un billet - non pas de l'argent sonnant et trébuchant - mais le billet que voilà, le billet que je t'écris là.
« Quand même » je me suis dit en raccrochant « il faut être bizarre pour raconter sa vie à une inconnue, non ? »
Qu'est-ce que tu dis ?
« Il faut être un peu bizarre aussi, pour écouter un inconnu raconter sa vie, non ? »
Lui qui parle, moi qui écoute, puis qui l'écris, et toi qui lis...
Bizarre-bizarre-bizarre, non ?
11:10 Publié dans Aventurière du quotidien moderne | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.10.2009
The D. Day

Je crois que mon addiction monomaniaque aux leggings - déclarée ici même - ça a irrité en haut lieu.
Il paraîtrait que c’est même remonté jusqu’aux oreilles des dirigeants de Dim (qui comme chacun sait, sont Messieurs Dim, Dam et Dom).
Bien décidés à relever le défi de ma conversion collantesque, chez Dim, ils ont tenté le tout pour le tout :
Ils ont dépêché à mon domicile un émissaire tout de jaune vêtu (un certain Monsieur Poste) chargé de me remettre un paquet en mains propres (certifiées lavées par solution hydro-alcoolique).
À l’intérieur, une paire de leurs tout nouveaux collants, le Dim Body Touch et une mission : les tester pendant toute une journée.
Dès le lendemain, j’entamais donc ce que nous nommerons - en toute simplicité - mon Dim Day.
( Ci-dessous, une photo de moi posant dans mon nouveau Dim Body Touch - en toute simplicité toujours…)
8H36
Invasion de la cour d’école et progression à grandes enjambées sur le terrain, pour cause de retard patenté des troupes (le soldat Mini-Monstre en Second ayant fait preuve d’insubordination dès le réveil).
Premier passage en revue : le Dim Body Touch remplit sa mission, du confort et de la tenue, même au pas de course.
14H12
Arpentage du macadam, en direction du bureau.
Sur le chemin, test dit « de l’ouvrier », consistant à passer près d’un échafaudage à grandes enjambées-genre-retard, et à noter la réaction de l’homme de l’art.
Réaction observée : sifflage.
Les collants ont donc parfaitement rempli leur mission « galbage » de mes courbes (au demeurant parfaites) (en toute simplicité, rappel…)
16H08
Face à face avec une page blanche. Objectif : la remplir. Général la Ch’tite, exécution !
Inspiration bloquée : Debout. Apparition d’une idée : Assise. Re-blocage : Debout. Assise. Debout…
Malgré la répétition de ce petit manège 34 fois environ, les collants Dim Touch ne serrent pas la taille, grâce à leur arme secrète, une ceinture en microfibre souple et douce.
Pour te situer l'innovation, c’est vraiment le même confort que la lingerie Dim du même nom (Body Touch, pour celles qui n’arrivent pas à suivre, au fond…).
Donc plutôt appréciable par rapport aux collants habituels, qui ont une fâcheuse tendance à serrer le bidon…
Soldats, ce Dim Day fut décidemment unique, il marquera les ma mémoire, et pour longtemps…
« Super, la Ch’tite, mais… et nous alors ?! »
Quoi, vous avez vraiment cru que j’allais abandonner ma petite troupe de lectrices, seules dans la morne plaine des collants qui tiraillent ?
Oh que non : J’invite les 10 plus valeureuses d’entre vous (et les plus rapides aussi) à se rendre ici pour obtenir un collant gratuit avec le code « chezleschtites ».
11:25 Publié dans Messages à caractère informatif | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19.10.2009
Open Space Cow-boy
Alors voilà.
Tu es là, tu me lis.
Autour de toi le bruit, ronronnement des ordis, sonnerie de téléphone, paroles assourdies.
Tu es là, tu me lis, je te vois.
Ce matin, tu t’es demandé ce que tu faisais là, à cette table de travail, tu regardes hébété tes collègues habituels, encore ensommeillés.
Sois sage, apaise-toi. Ce n’est rien, un sursaut naturel si on songe à l’étrangeté de ta situation, immobile tout le jour assis à ton ordi, pas bouger pas parler juste un peu deux trois mots, rien d’intime, le boulot, rien d’intime, quelques mots.
Je te vois, tu me lis, et même je pense à toi.
Je me lève, je m’assieds, je pars, je vais marcher, fatiguée je m’allonge là sur mon canapé, et puis non aujourd’hui, rien ne vient, je m’en vais, et puis demain je sais, ça coulera, j’écrirai, et je ne mangerais pas.
Demain – après demain - tu me liras… et je serai comme toi.
Un travail, quelques mois, assis presque comme toi. Autour de moi le bruit, téléphone et sonnerie, café, stylo, ordi, bonjour, ça va merci.
Quelques mois mais seulement un jour à la semaine, je retrouve pour de faux tout ce que j’ai quitté, un bureau, des collègues, atone asservissement choisis par nous cols blancs.
Je retrouve et je pars, non pas quand vient le soir, avant si je le peux. On n’achète pas mon temps, ni mon immobilisme, on achète une tâche, et ma capacité à la réaliser. Libre à moi de la faire en 2 heures ou 10 heures, partir ou m’arrêter, revenir, ne pas bouger.
Voilà, c’est pour de faux, les collègues, le bureau, juste un cadre étranger pour mon même boulot, et quand je lève la tête, je suis tellement tant - ô combien soulagée, car je me sais maintenant farouche en liberté ; lonesone and free cow-boy.
08:32 Publié dans Le Travail, c'est la santé des patrons | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : travail & santé, plus belle la vie, open space
15.10.2009
Appelez-moi un avocat…
Aujourd'hui, j'ai décidé de rentrer en lutte.
La lutte pour l’application immédiate d’une mesure coercitive de divorce applicable à tous les membres de la magistrature, sans exception.
La raison ? Ceci, appliqué depuis 3 jours en continu, juste entre mes oreilles :
Long Drink, extrait de Hard as Love, premier album de Joseph Leon… ... ou l'histoire d'un garçon juriste qui a dévié du chemin "droit" tout tracé, le jour où sa fiancée l'a quitté, pour se mettre à composer et à chanter.
Dura Love, Sed Love, Joseph, et au bout de ton chemin biscornu, tant de douceur…
15:38 Publié dans Muzik on demande | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : joseph leon, hard as love, musique trop forte
11.10.2009
Pas si bête
Puisqu’on ne se connaît pas en vrai toi et moi – enfin pour la majeure partie de toi – il faut que je te dise un truc : j’aime pas les bêtes.
Et comme con dit, j’aime pas les bêtes donc j’aime pas les gens donc j’aime pas les gens bêtes donc j’aime pas les bêtesbêtes.
Alors, le coup du lapin nain, pour moi, c’était no way : pourquoi se faire chier à s'occuper d'un animal, alors qu’on a déjà 2 Mini-Monstres dans sa maison ?
C’est là que je me suis aperçu que ma nouvelle femme de ménage qui travaille en chantant et en élevant 8 enfants, elle a aussi 4 lapins.
Je crois que cette femme m’a été envoyée par le Très Haut pour me culpabiliser.
« Mais franchement, ça sent mauvais, non ? » je l’ai inquisitionné pendant qu’elle dépoussiérait.
« - Moi je mets du désodorisant dans les cages, ça sent une bonne petite odeur de foin… »
« Justement, ils vous mettent pas du foin partout ? » j’ai argué pour recouper les faits.
« - Ah non, le secret, c’est de pas trop charger ; un peu, ça suffit bien » elle a souri genre vive la vie.
Un peu ébranlée par la bonne petite odeur de foin certifiée-garantie par une professionnelle patentée de la propreté, j’ai décidé de laisser sa chance au produit : on est allé voir les lapins nains chez nos amis les flamands belges.
Pourquoi en Belgicie ? Pour avoir le plaisir de se perdre en Belgique aussi le samedi et pas juste le dimanche.
Et puis parce que parler lapin nain avec un sosie vocal d’Arnaud, c’est une expérience métaphysique unique.
« Tû vois, faut pâs tû aies peûr avec lê lâpin, c’est un animal, le noir cômme ça, il est bon âvec tes enfants, pas problème… Mais le – comment jte dis – cette couleur lâ, mârron, trrrès pas bon dans sa tête, faut pas prendre… »
Et c’est là que je l’ai vu au fond de la cage :

Flocon.
Avec ses petites oreilles dressées, son museau en cœur qui tremblait, ses papattes délicatement posées… et noir, noir et blanc, soit l’air intelligent du lapin qu’allait pas me faire chier.
« OK, j’ai dit, on le prend, et vous me mettrez de la cage top qualité, je veux ce qu’il y a de mieux pour mon béb- euh – pour le lapin nain de mes enfants… »
Alors voilà. J’aime pas les bêtesbêtes, mais je fais une exception pour mon Flocon, tellement pas con qu’il fait JAMAIS ses besoins quand on le porte dans nos bras.
Il attend sagement d’être dans sa cage. Mais alors là, il se lâche, à une moyenne de 18 crottes à l’heure.
Autant te dire que – n’en déplaise au professionnelle mon œil de la propreté - la bonne petite odeur de foin, elle est quand même sérieusement mâtinée d’une bonne petite odeur de crottes.
Heureusement que quand on aime, on ne sent pas…
15:15 Publié dans Aventurière du quotidien moderne | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mini-monstres, lapin nain, arnaud




