15.05.2009
Riantes vallées
J’abhorre les pays plats en général, et le plat pays qui est le mien en particulier.
Au premier pont qui passe, je l’enjambe donc gaiement pour rejoindre les verts vallons sis près du Touquet.
Au premier pont qui passe… mais pour ne pas dormir dessous, seulement si j’ai un point de chute, comme le week-end dernier, chez des amis.
Nous partîmes donc 14 et nous nous vîmes 14 en arrivant au port (aucun enfant perdu en route, une chance).
Chacun vaqua à ses occupations consciencieusement.
Record de picole côté parents.
Maxi-Olympiades côté enfants.
Et victoire haut la main pour nos deux Mini-Monstres, au concours de chianterie, malgré les beaux efforts des 8 autres mini-participants.
Et puis, et puis, le soir, quand les enfants furent couchés, feu dans la cheminée, verre de vin à la main, la nuit s’est attardée à se raconter des souvenirs, et à s’en construire d’autres.
Mais attention, le cadre bucolique n’est pas exempt de tous dangers…
La suite, demain !
08:30 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le touquet, pont de mai
22.04.2009
Bienvenue chez Charlie
Quand je suis arrivée à Lille, j’habitais un quartier populaire.
Je vous parle d’un temps immémorial, où Lille n’avait pas encore été 2004 ni même 3000, un temps avant Martine, les bobos et le beau Lille.
« C’est le Nord » me disait-on devant les sombres courrées, les 15 cafés au kilomètre carré et les enfants dépenaillés.
Notre voisin du dessous, c’était le vieux Charlie.
Et je voudrais que vous tous qui lisez ce billet, vous ayez une petite pensée pour ce vieux Charlie, ce qui fera sans doute plus de gens pensant à lui qu’il n’en fut dans toute sa vie.
Charlie avait ereinté sa vie dans les chemins de fer, et au sortir de celle-ci, il avait échoué là, près d’une gare SNCF désaffectée.
Charlie n’avait ni frère, ni parents, ni femme, ni amis. Il avait pour seule compagnie ses gitanes maïs et les cafetiers du coin.
Charlie n’était pas vraiment méchant, juste saoul, la plupart du temps, tambourinant parfois à notre porte en éructant de le laisser entrer dans ce qu’il croyait fermement être son appartement.
Parfois, Charlie tombait et il gueulait, gueulait, gueulait, qu'on vienne le relever, jusqu’à ce que le Ch’ti descende prévenir ses seuls amis, les cafetiers du coin, à qui Charlie, en plus de quasi toute sa retraite, confiait aussi ses clés.
Un jour, nous sommes partis en vacances. Trois semaines. Charlie a dû tomber, Charlie a dû gueuler.
C’est en rentrant que nous avons appris la mort du vieux Charlie.
Où l’on s’aperçoit que blogguer, c’est parfois parler d’un inconnu à d’autres inconnus…
08:45 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bienvenue ichi, et vogue la galère, sémiologie du blog
18.03.2009
Un éléphant à Lille XXL
Ce week-end, il s’est passé 2 événements absolument concomitants : le lancement de Lille 3000 – édition XXL – et l’absence de mes filles.
Et c’est ainsi que je me suis retrouvée samedi en fin d’après-midi au vernissage officiel qui se tenait au Palais des Beaux Arts.
Bien entendu, j’avais été invitée en ma qualité de web-ambassadrice de la région ch’ti sévissant ici.
En réalité, je n’ai obtenu mon accréditation que grâce à mon statut de femme de mec à Hautes Responsabilités.
Que veux-tu, il faut bien que cela présente quelques avantages, hormis une grande liberté dans la gestion de toutes mes soirées et de la plupart de mes week-ends esseulée.
Un vernissage officiel, c’est une troupe de gens déambulant égarés au milieu d’œuvres qu’ils ne regardent pas, menés par un guide qu’ils n’écoutent pas, parce qu’après tout on n’est pas là pour ça, mais juste pour se serrer la main entre gens (très) occupés.
À un moment, y’a eu un attroupement concentrique et concentré dans un coin de la salle « Ahhh ! » j’ai soupiré « ils ont enfin servi le champagne ! ».
Mais non, tout au milieu, c’était une femme de gauche, Martine au vernissage.
Eh ben ça m’a fait chaud au cœur de constater que les travailleurs – même à Hautes Responsabilités – sont toujours aussi fortement attirés par le socialisme…
Où l’on s’aperçoit que blogguer, ça peut devenir un acte militant… à condition qu’il y ait du champagne.
08:34 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le ch'ti, lille xxl, sémiologie du blog, bienvenue ichi
13.03.2009
Ascension sociale sous plafond
Les gens du Nord, ils sont très attachants.
Très attachés aussi. À toutes leurs habitudes.
Un gens du Nord, il est habitué à la pluie. Si d’un coup, on lui met du soleil, il aime pas ça. « Bouh, fermez-moi vite ce store » qui fait à chaque fois.
Alors, pour pas être trop dépaysé, le gens du Nord a décidé que les maisons seraient toutes pareilles. En brique et en longueur. Salon devant, cuisine au fond, chambres à l’étage. 2 mitoyennetés, toutes alignées.
« Tiens, c’est marrant, c’est comme chez moi » que tu te fais la première fois que tu rentres chez un étranger. Avant de voir que la maison-couloir, c’est un lieu commun à tous les gens du Nord.
Mais il y a différents degrés dans la maison-couloir, des variations subtiles de hauteur et largeur. Extrêmement pratique pour s’y retrouver dans les annonces d’immobilier.
T’as la « maison d’ouvrier ». La « maison de cadre ». La « semi-bourgeoise ». La « bourgeoise ». Et « la maison de maître ».
Je sais pas pourquoi, mais la maison d’ « assimilé-cadre », elle existe pas, celle-là.
Ma maison à moi, c’est une semi-bourgeoise. Avec 4 mètres sous plafond, idéale pour les lâchers de ballon.
Mais j’ai encore une belle marge de progression. Je vise les 6 mètres sous plafond.
Une ascension sociale, en somme.
Où l’on s’aperçoit que blogguer c’est d’abord partager son for intérieur. Et ensuite son intérieur.
08:45 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bienvenue ichi, sémiologie du blog
12.03.2009
Coin-Coin
Dans mon coin, il a fait beau ce week-end.
Il a fait beau, dans mon coin, ça veut dire qu’il a pas plu.
C’était la fête et les géants dansaient.
Dans mon coin, les gars soulèvent des géants de 150 kg et 3 mètres de haut. Et comme ils sont un rien crâneurs, les gars de mon coin, ils les font aussi tourner et danser.
Toute cette légèreté, ça nous a donné envie d’acheter aux Mini-Monstres une ménagerie sur-gonflée à l’hélium.
Et depuis, dans ma maison, c’est la fête aux lâchers de ballons. Toutes les 7 minutes 12. Qu’il faut donc aller récupérer. Toutes les 7 minutes 12. Itou. Sous le plafond.
Oui, dans mon coin, les maisons, elles ont 4 mètres sous plafond.
Enfin, pas toutes, mais ça je t’expliquerai demain.
Où l’on s’aperçoit que blogguer sans être parisienne, ça demande beaucoup plus d’imagination. Et de hauteur sous plafond.
08:46 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mini-monstres, bienvenue ichi, sémiologie du blog
26.02.2009
La Très Joyeuse
Tu sais qu’en vrai, je suis du Nord à peu près comme Eric Besson est de gauche. C’est dire.
Si j’étais nommée Ministre de l’immigration, je m’auto-migrerais illico vers des contrées ensoleillées.
Ainsi, quand le Ch’ti m’a dit le week-end dernier « Et si on allait voir les Trois Joyeuses ? », je lui ai répondu « Qui ça ? Je les connais pas ces Dames-là ! »
« Non mais t’es con » il m’a dit « Les Trois Joyeuses, c’est le nom des 3 jours de Carnaval à Dunkerque. »
Et joyeuse, je l’étais, à l’idée de pouvoir ainsi étayer ma thèse d’anthropologie ch’ti en hommage à mon maître, mon Claude, mon Lévi, mon Strauss, mon Claude Lévi-Strauss.
Et pourtant, là, maintenant, je ne sais pas bien comment te raconter l’esprit carnavaleux…
Peut-être qu’il faut avoir vu de ses yeux cette ville reconstruite dans le plus pur style HLM - cernée par les usines et les zones industrielles - pour comprendre cet impérieux besoin de vivre 3 jours déguisé en leggings rose fluo et manteau de panthère…
Peut-être qu’il faut avoir observé émerveillée, derrière la vitre d’un bar de quartier, trois vieilles mamies grimées en chat Carabosse, buvant et riant comme à 20 ans, dans leurs habits de marquis…
Peut-être qu’il faut apprendre à ne pas penser et à vivre l’instant, les chants, la bande, les chahuts, la bière, les bals…
Et peut-être que finalement, je suis aujourd’hui beaucoup plus Ch’ti et beaucoup moins Lévi que je ne croyais, parce qu’en fait je me suis juste amusée, oubliant pour un temps mon deuxième degré grimaçant.
Et le soir, rentrée chez moi, j’ai regardé avec émotion mes 2 Mini-Joyeuses, défilant et chantant dans toute la maison, parapluie à la main, leurs tous nouveaux habits enfilés l’un sur l’autre.
Oui, après cette orgie de bariolé, on a ressenti comme un impérieux besoin de dévaliser le magasin Du Pareil au Même.
Où l’on s’aperçoit que blogguer quand on doit raconter un vrai morceau de vie, c’est parfois beaucoup plus difficile que de broder quand on n’a rien à raconter.
08:30 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : carnaval de dunkerque, les 3 joyeuses, sémiologie du blog
23.12.2008
La trêve des cons faiseurs
Je t’ai déjà dit que je n’aimais pas l’hiver frileux et Ch’ti ?
Ah oui, ici, là et encore ici.
J’ai un minimum de dignité.
Je ne voudrais pas me répéter, façon bêtisier de fin d’année de tous les faiseurs de conneries de la télé qui sont partis skier.
Ou se baigner.
Quelle que soit l’option choisie, de toute façon, ça finira dans Voici.
Oui, j’ai un minimum de dignité. (Je pose 2 et je retiens 4, je multiplie par la racine carré de 3600, et je divise par Pi 3,14. Oui, c’est bien ça, j’ai 1,2 sur l’échelle de la dignité)
Je préfère me taire quelques jours. Me mettre au vert. Enfin, au gris, parce qu’ici…
Je te l’ai déjà dit ?
Ah oui…
08:30 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le père noël est une ordure, bienvenue ichi
04.12.2008
Tristes Nordiques
Je hais le Nord et ses brumes assassines.
Pour qui n’a jamais pénétré en ces terres inhospitalières qui s’étendent depuis la Manche jusqu’aux frontières de la Belgique, il paraît inconcevable d’imaginer qu’un ciel puisse être aussi uniformément gris, depuis la pointe du jour jusqu’à sa tombée, et encore plus inconcevable encore que tout ses habitants ne laissent pas pour autant leur esprit et leur corps envahir par ce gris.
L’étranger qui se fixe en ces lieux doit accomplir s’il peut un effort sur lui-même – et imiter en cela la primaire nature de ceux qui y sont accoutumés depuis la tendre enfance – il doit, dans le même temps et dans une nécessaire concomitance, fermer les yeux devant ce ciel si bas qu’il semble empeser l’air, tout en ouvrant son cœur à ce qu’ici l’on nomme « chaleur humaine ».
Métaphore qui révèle de ces peuples nordiques l’aptitude inconsciente à établir des équivalences entre le monde inanimé et la chair de l’humanité.
Big Up à MC Claude Lévi-Strauss, qui en ce moment peuple mes rêves… et ma table de nuit.
08:35 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lévi-strauss, bienvenue ichi, pastiche
23.09.2008
Le plat pays qu’est pas le mien
Le Ch’ti et moi, on a une coutume le dimanche.
On va se perdre en Belgique.
C’est comme une prédestination à jamais-jamais atteindre notre destination.
Faut dire que pour arriver à bon port, on n’a que des panneaux en flamand à disposition. Et pas de GPS.
On a voulu aller à la mer se faire une moule-frites une fois, une moule-frites une fois, c’est une spécialité belge. On a échoué affamés à 14H dans une friterie en rase campagne.
On avait confondu 2 autoroutes. Mais on l’a compris qu’après 4 heures d’errance.
Et 4 heures d’errance avec aucun panneau qui correspond à ta carte, c’est dépaysement maximum, destination 4ème dimension.
Le dimanche d’après, ras le cu de la mer, direct on a décidé d’aller à la campagne. Boire une bière dans un estaminet flamand Mini-Monstres friendly, avec jeux traditionnels et toboggans à gogo.
On a dû louper la sortie, parce qu’on est tombé sur un nid de bar à massages. De bar à putes quoi. 25 bars tranquillement alignés dans un village tranquille, avec des noms plus implicites tu meurs : « La porte bleue » « Le jardin des délices » « Exotic Fantasy »…
Et les Monstres elles comprenaient pourquoi on pouvait pas aller jouer dans ces bars-là.
L’autre jour, modestes, on ambitionnait juste d’atteindre une boutique de décoration de l’autre côté de la frontière. Le Belge aime sa maison. Le Belge aime le chic qui en jette. Donc nous, on aime le Belge.
On est tombé sur une déviation, une déviation à la Belge. Y’a des panneaux qu’au début.
Et puis au bout, des barrières, et plein de gens derrière. « Waou, ça doit être une sorte de fête de village, on n’a qu’à y aller ! » qu’on s’est enthousiasmé.
On a sorti les Montres, on a mis les manteaux et on a rejoint la foule.
C’était du gens au bord d’un canal, matant une usine toute grise de l’autre côté. Du gens qui parlait que flamand, donc on n’a jamais compris le pourquoi du rassemblement.
Vraiment, la Belgique c’est sympa, c’est l’étranger juste à côté, et je sais pas pourquoi les Monstres, elles poussent des cris quand on leur dit « Et si on allait en Belgique ce week-end ? »
09:32 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : c'est du belge, le ch'ti, mini-monstres
31.07.2008
Par ici & Part ailleurs (sont dans une caravane)
Oyez, oyez, la caravane des vacances va s’ébranler.
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je serai en Provence. Enfin, demain… dans quelques jours, et à l’heure où rougit la montagne. Appelons ça une licence IV poétique. Mais en Provence, oui da.
Provence, mon pays, mon Arcadie.
Comment, la Ch’tite, tu nous aurais menti, tu n’es pas du pays de Dany ? Non et oui. Non, je n’ai pas menti, oui j’en suis, un peu. Par mon alliance avec le Ch’ti, et par mon ascendance. ¼ ch’ti. Mais aussi ¼ lorraine, ¼ russe et ¼ argentine. Je suis une cosmopolitaine ayant parcouru la France métropolitaine du Nord au Sud et d’Est en Ouest, au gré des incessants déménagements avec mes parents.
Tu vois, la petite fille seule à la Rentrée, eh bien c’est moi. Petit ver solitaire tentant de coloniser la cour de la récré.
Quelle chance, dis-tu, à arpenter ainsi la France, tu es partout chez toi. Non, que je te réponds, je suis partout d’ailleurs. Position appréciable pour qui se sent parfois étranger à soi-même.
L’étranger est étrange, et on ne lui en tient pas rigueur. L’étranger s’échoue sur la route comme la baleine sur la plage, et on se décarcasse pour le remettre sur le droit chemin. L’étranger ne connaît rien à rien aux coutumes locales, et on s’empresse de tout lui expliquer pour l’intégrer. Vu d’ailleurs, l’ici est meilleur.
Et puis vu d’ailleurs, l’ici, c’est aussi la promesse d’une nouvelle vie. L’ailleurs est mon passé, effacé à chaque Rentrée comme une ardoise magique.
Dans ma géographie personnelle, chaque ville a un âge, le mien quand j’y étais. Brest tente d’apprendre à marcher. Valence est une adolescente ingrate. Paris une étudiante avide de tout savoir.
De ces villes et des autres, j’ai les clés, les clés de mon petit coffre passé où sont bloqués à jamais mes amis d’alors, jeunes pour l’éternité puisque je ne les verrais pas vieillir.
Et au milieu de ma France, il y a ma Provence, mon pays hors du temps. En Provence, il y a mes grands-parents et leur maison de vacances devenue leur maison des vieux jours.
Ils se sont fixés là, mon Dieu mais pourquoi donc ? Ils cherchaient un pays où la beauté rejoint l’éternité. Entre le Vaucluse et Monceau les Mines, ils ont beaucoup hésité. Coup de bol, non ?
Depuis, la Provence, c’est mon ici et maintenant. Le seul lieu où je me sens réunie, à tous les âges de ma vie.
Demain, dès l’aube, j’irai par la montagne, j’irai dans la garrigue, et j’emmènerai les Monstres rencontrer leur Maman.
Et puis, promis, à la Rentrée, tu en auras fini avec ma mélancolie. J’aurai retrouvé mon ailleurs ch’ti et cette nécessaire distance qu’implique l’ironie.
09:00 Publié dans Bienvenue ichi | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


