08.10.2009

Pacifique apaisant

pacifique.jpgIl y a 6 mois, au beau milieu du Pacifique, une petite fille de 7 ans a décidé d’écrire à son grand-père, son grand-père qu’elle n’avait jamais vu, ni lu, ni entendu.

Cette petite fille c’est ma nièce – fille de ma sœur du bout du monde - et conséquemment, son grand-père est mon père.

Mon père dont je te parle si peu ici, et pour cause inconnue, parce que si on essayait de la connaître, on s’en sortirait plus de ces histoires de famille décomposée…

Une petite fille a écrit à son grand-père, et son grand-père lui a répondu.

Et de fil en aiguille – de cousine en cousine – mes filles aussi ont écrit à leur grand-père, et leur grand-père a répondu.

Et même si ces mails ne me sont pas adressés, je ne peux m’empêcher d’être émue à les lire, car ces mots de grand-père, ces histoires qu’il raconte – abracadabrantesque, et tellement inventives – me rappellent un papa que je croyais enfui – si loin dans ma mémoire, comme s’il n’existait plus, si loin de cet homme en colère, refusant tout contact, niant notre existence.

Je ne suis pas sûre qu’un jour, je retrouverais mon père, mais que déjà mes filles aient trouvé leur grand-père – qu’il ne soit pas si fou que j’ai voulu le croire pour accepter l’idée de ce deuil sans mort – voilà qui me console, voilà qui me soulage.

Il y a 6 mois, une petite fille de 7 ans a écrit à son grand-père, et aujourd’hui vraiment, je lui en dis merci.

13.07.2009

Lieu commun

dentelle.jpgQuelquefois, j’appelle ma Maman pour prendre de ses nouvelles.
J’appelle en général ma Maman pour prendre de ses nouvelles quand je n’ai pas le moral, car on n’a beau n’être plus une enfant, on en garde toujours l’égoïsme avec ses parents.

D’ailleurs, prendre de mes nouvelles de ma Maman est souvent superflu.

Si elle me raconte qu’elle vient de finir quoi que ce soit en béton, je sais qu’elle va bien.
Si elle a entrepris une nouvelle construction de mur en pierre sèche, j’en conclue qu’elle va très bien.
Si en revanche elle a vu son plombier, il est évident que cela ne va pas.

Car au fil des ans, métonymie incarnée, ma Maman est devenue sa maison, lieu calme et hors du temps, face à l’éternité des rochers de Provence. Elle la construit, la déconstruit, la parachève, œuvre d’une vie bâtie.
Et quoi qu’il advienne d’elle –et il adviendra, Mon Dieu, il adviendra - cela est, cela sera.

Ma Maman quant à elle n’a pas besoin que je lui dise que je n’ai pas le moral.

Elle m’appelle Bichette, car on a beau n’être plus une enfant, on reste toute sa vie une Bichette pour ses parents et elle me dit « Bichette, ma Bichette, pourtant, la vie est là, simple et tranquille. »

Et fermant les yeux, je pense à ce lieu partagé par nous autres, ses enfants, ce lieu incarné qui - plus même qu’elle ne saurait nous le dire - apporte consolation et apaisement, comme une mère pour les tourments de ses enfants.

11.06.2009

Rien ne sert de s’époumoner…

poumon.jpgSais-tu quel est le signe qui me permet d’affirmer sans me tromper que j’ai une vie de merde ?

C’est la scène qui s’est jouée il y a quelques jours dans mon salon :

De passage dans le Nord, deux grandes tantes from my side s’étaient expressément déroutées pour prendre de mes nouvelles.

« Alors ? »  m’a demandé la Tante Berthe « parle-moi un peu de ton travail ma petite chérie »

Elle m’a au moins écouté 15 secondes. Jusqu’à ce que la tante Madeleine – en pleine conversation avec le Ch’ti – ne lui tapote le bras « Mais écoute donc Berthe, les Hautes Responsabilités de ce garçon, c’est proprement fascinant… »

Je ne me suis pas démontée. Je suis partie fumer.

Je table sur mon cancer du poumon pour retenir un peu leur attention.

03.03.2009

Meilleur Désespoir Féminin

cesar.jpgJe trouve que la Ch’tite s’en est plutôt bien sortie, comme présidente de la cérémonie des César, vendredi.

Depuis un certain mail, tu sais qu’on a obtenu l’autorisation officielle de remplacer le vocable « Charlotte Gainsbourg » par celui de « la Ch’tite », sans pour autant modifier le sens de la proposition.

Mais comme j’ai quand même une certaine déontologie, j’ai voulu recouper mes informations.

J’ai avisé Mini-Monstre Premier devant la télé « Dis-moi, Choupinette, ma sœur trouve que je lui ressemble à cette fille, et toi, t’en dis quoi ? »

« Ben, elle est jolie et elle a les cheveux longs. Et toi, heu, t’as les cheveux courts »

Après un long silence, elle a diplomatiquement ajouté « Mais t’es quand même la plus jolie Maman chérie du monde que j’aime »

La vérité sort toujours de la bouche des enfants.

Et c’est pour ça que désormais, chez moi, les enfants sont priés de se taire à table, et aussi quand ils digèrent.

 

 

Où l’on s’aperçoit que, contrairement à ce qu’on croit, blogguer, c’est parfois faire une croix sur son ego.

13.02.2009

Prête-moi ta gueule…

Prete-moi-ta-main.jpgSéquence émotion.

Depuis le bout de la Terre – et au lieu de nager avec les dauphins – ma sœur pense à moi.

Elle pense à moi et elle m’écrit, donc :

« Coucou ma Gueda »


Tu remarqueras qu’on n’est jamais à l’abri d’une humiliation avec les surnoms ridicules dont nous affuble notre parentèle…
Et encore, là, c’est la version expurgée, parce que, in extenso, ça fait « Gueda Foulette Pomme ».

« On vient de regarder ‘Prête-moi ta main’ en DVD »

Bonjour les aventuriers, c’était bien la peine de s’exiler un an sur un voilier pour terminer à mater des DVD comme nous autres terriens métropolitains…

« et on a vachement pensé à toi, parce que c’est fou ce que tu ressembles à Charlotte Gainsbourg »

Ah ouais ? Mais à quel moment du film exactement la ressemblance est-elle la plus frappante ? Quand elle annonce « je vais faire caca » moulée dans son micro-short en jean ? Ou bien quand elle fouette Alain Chabat dans sa combinaison en latex ?

Non mais, soyons sérieux, Charlotte et moi, on n’a pas grand chose en commun.

Sauf (presque) le même âge. Ou (presque) la même taille. Ou (tout pile) le même nombre d’enfants. Ou (exactement) la même timidité. Ou peut-être (vraiment) la même allure, (carrément) le même charme, (incroyablement) le même charisme.

Et (surtout-surtout) la même modestie.

3 fois rien, quoi.

Putain, pourvu que ma sœur mate pas le dernier Josiane Balasko.

04.02.2009

Délires annexes

arbremagique.jpg... Et alors, mon corps a lâché.

Tombée pour la France, et comme la moitié du pays, sous les coups de la grippe.

Je me suis couchée, abandonnant les Monstres éplorées, et j’ai laissé la fièvre monter et faire son œuvre, zigouiller dans les flammes de l’enfer les virus envahisseurs.

C’est alors que je l’ai reconnu, surgissant du passé. Mon arbre magique.

J’aimais le savoir fermé, protégeant mes trésors, et quand il s’ouvrait, c’était un monde qui se déployait, calme et ordonné, chambre-cuisine-salle à manger, commodités à l’étage et ascenseur dans le tronc, parce que les bons sauvages aussi ont droit à la civilisation.

Dedans, je mettais mes Bidibules. Papa, Maman et les enfants, ma famille métronome. Un Bidibulle vacille mais ne tombe jamais !

A 39°5 je me suis dit « Voilà, c’est ça ! J’aime de ma mère son côté Bidibulle. Lestée, elle est, dans sa maison au milieu de la montagne, elle ploie sous les difficultés et puis toujours se relève, si forte. »

Pourtant, j’ai longtemps détesté cette force qui m’oppressait. Maman si belle, si drôle, si spirituelle, comment exister face à un Monstre sacré ?

Il m’aura fallu du temps pour découvrir les faiblesses qu’elle cachait, tant de doutes d’enfant sous l’adulte si sûre. Alors, alors seulement, j’ai éprouvé de la tendresse pour ces efforts déployés, j’ai regardé l’enfant dans ma Maman, et j’ai appris à l’aimer, une fois les masques tombés.

Le lendemain, je me suis levée, et je suis repartie jouer moi aussi ma Maman Bidibulle, offrant à mes enfants le calme auquel j’aspire, du milieu de mes doutes.

12.01.2009

Bonne résolution

Nadine-Rotschild.jpgLa période étant aux résolutions, posons-nous un problème :

Sachant que ma Maman m’a informé l’autre jour qu’elle recevait un ancien ambassadeur à dîner…

C’est fou le nombre d’ancien quelque chose que ma mère reçoit à dîner. À croire que sa maison est le triangle des Bermudes où viennent s’échouer tous les représentants de la Jet Set désargentée en goguette en Provence…


Posons l’hypothèse qu’elle recevra ce même soir un amiral 3 étoiles…

Hypothèse hautement probable quand on sait que mon allergie caractérisée à toute forme d’autorité s’explique par une longue lignée familiale de militaires patentés…

Conjecturons également que passera par là un Archevêque Anglican. Et Madame, donc.

Quel sera alors le plan de table idéal ?

Le problème est posé. Pour les résolutions, vous avez l’année 2009.
Avec ça, elle sera bonne, les gars…

03.12.2008

Ecriture au long cours

shadocks.jpgMettre ma vie en mots, c’est un truc que j’ai appris très tôt.

Oui, depuis le bout de la terre, du beau milieu des mers, notre marin de père nous envoyait toujours des courriers à mon frère, ma sœur et moi.

Missives à l’écriture serrée, difficiles à déchiffrer, mais ornées de dessins de sa main, relatant nos aventures à nous, les Smuches.

Smuche-boy, Smuche-girls, nous vivions par procuration ses escales en terre étrangère, où nous faisions ce que tout Smuche digne de ce nom passait ses journées à faire, smuchonner, aussi vrai que les Shadocks pompaient.

Revenu au pays, notre père nous entraînait dans ces épopées acharnées qu’il affectionnait tant : se perdre en forêt, battre la campagne par moins cinq, atteindre le haut de la montagne par-delà les pierriers.

Quand il sentait que sa petite troupe avait atteint l’extrême limite de sa résistante physique et mentale – ce qui ne manquait jamais d’arriver car on n’est pas très résistant à 8 ans - il sortait sa botte secrète : les grandes pages de la littérature française, dont il se souvenait si parfaitement qu’il pouvait nous les raconter façon super-production.

Je n’ai pas démérité dans le Vercors, grâce à l’aveuglement de Fabrice Del Dongo à Waterloo.

Dire, lire, écrire, voilà sans doute tout ce que j’hériterai de mon père, car des histoires bien autres nous ont depuis séparés. Curieux qu’un homme dont la mémoire était la principale qualité ait pu à ce point oublier qu’il avait des enfants…

18.11.2008

Para du tonnerre

recouvrance_jpg.jpgJésus, c’était pas la moitié d’un con.

Il a quand même mené sa petite entreprise au succès, grâce à un procédé métaphorique des plus simples, compréhensible par tous les teubés de l’humanité : la parabole.

Eh bien en mon jeune temps, ma Mère – Supérieure parfois en ses enseignements – avait coutume de me narrer la parabole de la suicidée.

L’histoire se passe à Brest, où notre famille éplorée regardait la pluie tomber pendant que notre marin au long cours de père parcourait les océans.

Cet automne-là, la pluie n’avait pas cessé pendant 3 semaines durant.

Au soir du 28ème jour, une femme se jeta depuis le pont de la Recouvrance.

Le lendemain matin, le soleil brillait sur la rade de Brest.

Moralité : il faut toujours écouter sa Maman, quand elle vous dit que peut-être demain, la vie vous sera belle… surtout au mois de novembre !

22.09.2008

Famille, je VOUS merde !

snob.jpgIl faut que je t’avoue un truc honteux.

Je vouvoie mes parents.

Pardon, je voussoie. Pardon Maman, je VOUS voussoie. C’EST BON LA, ILS ME LACHENT, LES GENITEURS ?!

Eh oh, on se moque pas, je suis victime dans cette affaire, moi, 15 ans d’enfer à se torturer le cerveau pour ne pas m’adresser DIRECTEMENT à mes parents devant témoins.

Des fois qu’on m’aurait jeté des pierres.

Mais pourquoi, POURQUOI, me diras-tu, infliger pareil calvaire à ses enfants, la chair de sa chair ? J’ai ma théorie psy là-dessus. Oui, psychanalyse bien ordonnée commence par ses parents, j’ai donc couché mes géniteurs sur le divan. Virtuellement.

Eh bien voilà : je suis issue d’une famille de nouveaux pauvres.

Les nouveaux riches, ils ont le mauvais goût d’avoir du pognon et aucune éducation. Les nouveaux pauvres, ils s’accrochent comme des malades à leurs bonnes manières, parce que c’est tout ce qui leur reste de leur époque faste et de leurs vastes demeures.

Donc chez moi, le code de bonne conduite c’était un accord tacite en 8 volumes ; à côté la Tora c’était Oui-Oui à la plage.

Avec une règle d’or : « jamais vulgaire ». Mais le vulgaire selon ma mère (Pardon, selon Maman) c’est un truc difficilement accessible aux communs des mortels.

Mais comme je t’aime bien malgré tout comme mortel, Lecteur, je t’explique.

Il y avait les mots permis, et les mots bannis. « Maman », permis, « ma mère », bannis. Là, on suit, OK.
Le compliqué, c’était les mots grossiers pas vulgaires. Par exemple, pour Maman-ma mère, « chiottes » ce n’est pas vulgaire. « Toilettes », si. « Bordel, merde », pas vulgaires. « Flûte, mercredi », vulgaires.

Donc je pouvais dire « Mais vous savez quoi, Maman : MERDE ! » alors que si j’avais dit « Mais tu sais quoi, Maman : MERCREDI ! » je finissais dans ma chambre…

Bref, le vulgaire, ce n’était pas le grossier, c’était le commun.
L’idée, au fond, c’était que – puisqu’on avait une bonne éducation – on était au dessus de tout ça, les bonnes manières et le qu’en dira-t-on.

Para-doxe. Du grec para (à côté) et doxa (opinion)…


Aucun enfant n’a été maltraité durant ce billet.

En vrai, j’adore Maman ma mère (jsuis une caïra, t’as vu ça ?) qui est tellement profondément humaine que je sais qu’à n’importe quelle heure je peux l’appeler pour lui parler de tout, de rien, de moi, du monde, et qu’elle m’écoutera vraiment… du moment que je ne la tutoie pas.

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