11.11.2009

Prix Formule 1

Une saison littéraire s’achève, celle du Prix littéraire des blogueurs… et me voilà en retard de 4 billets pour boucler la boucle.

Voici donc mes impressions à toute allure, avant la clôture des stands.

swarup.jpgJ’avoue, ma motivation pour lire ce roman était inversement proportionnelle à la longueur de son titre : « Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire ».

Il faut dire que – alors novice et innocente en critique littéraire – j’avais commis l’erreur de m’enquérir auparavant du jugement d’une de mes consœur en Prix, l’Electroménagère, et que son avis tranchant dans le vif m’avait donné à peu près autant envie de lire ce roman que de boire l’eau du Gange en long drink…

Eh bien, je vais te dire, a posteriori, je trouve l’Electro un peu dure :

j’ai lu Vikas Swarup cet été, au bord de la piscine à vagues, mollement alanguie, le corps dardé par le soleil de Provence, savourant les heures calmes volées à mes devoirs de mère, ayant abandonné les Monstres entre les mains expertes des animateurs du Mini-Club, pour une durée totale de 180 minutes… eh bien, vois-tu – dans ces conditions – j’ai pris un plaisir délicieux à cette lecture.

Oui, « Les Fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire », c’est un formidable roman de piscine à vagues-les-enfants-sont-au-Mini-Club.

En revanche, si toutes ces conditions ne sont pas réunies lors de l’absorption de ces 358 pages, je ne te garantis rien…

Alors, si tu tiens vraiment à le lire cet hiver, je ne vois qu’une solution : partir aux Bahamas…

Découvrez ici les critiques des autres membres du jury sur Les fabuleuses aventures…

 

ferney.jpgSur le papier, le procédé littéraire des « Autres », d’Alice Ferney, était plein de promesses : raconter une même soirée familiale sous 3 angles différents comme autant de parties, les « choses pensées », les « choses dites », et les « choses rapportées ».

Soit : une à une, les sinueuses pensées de tous les personnages, puis, les dialogues échangées au cours de la soirée, et enfin, le récit urbi-orbi d’un narrateur qui sait.

Procédé intrigant, visant probablement à nous interroger sur la relativité de la réalité, puisqu’elle n’est pas la même selon l’angle choisi, toi, moi, lui ou les autres.

Procédé renforcé par le thème choisi, soit une partie d’un jeu de société d’un genre un peu nouveau, « Personnages et caractères », censé révéler ce que vos proches pensent de vous…

Sur le papier, oui.

Et puis, confrontée à la réalité de ces pages de papier qui n’en finissaient pas, je me suis dit que décidément, la littérature ne se résumait pas à la mise en pratique de procédés littéraires, aussi brillants fussent-ils…

Découvrez ici les critiques des autres membres du jury sur Les Autres.

A très vite pour les deux derniers romans...

29.09.2009

Le Journal d’une critique

doris_lessing.jpgC’est l’histoire d’un bandeau rouge, perdu puis retrouvé.

Enfin, en tout cas, c’est mon histoire à moi, avec le « Journal d’une voisine Tome 1 » - de Doris Lessing – et ce récit-là, je suis moyen fière de te le faire.

Ça a commencé avec les premières pages, comme souvent quand on attaque un roman – oui, bon, pas toujours, si tu crois que je te vois pas, toi qui lis d’abord la fin en loucédé…

C’était l’histoire de Jane, londonienne lancée, rédactrice en chef d’un magazine féminin, wonder woman totally 80’s, blabattant mari et mode avec sa copine de bureau Joyce.

« OK, je vois le genre littéraire » je me suis intérieurement conclu «  c’est comme Bridget Jones, mais en plus vieux, et en plus pathétique… »

Parce qu’après le frivole, on avait du pathos : la rédactrice de mode s’était soudain avisé qu’elle avait une voisine - la vieille, acariâtre et misérable Maudie Flowers - et s’était entiché de lui rendre service…

De mon côté, j’avais – il faut l’avouer – un peu de mal à rendre visite à Jane aussi régulièrement qu’elle s’était décidé à visiter Maudie.

Et puis un petit matin, ramassant mon bouquin, j’ai retrouvé par terre, derrière la table de nuit, le bandeau rouge qui ceinturait la couv’, le bandeau éditeur, que je n’avais pas lu : « Doris Lessing, Prix Nobel de Littérature » ça m’apprenait en blanc, blanc énorme sur fond rouge sang.

Y’a que les incultes qui changent pas d’avis.

J’ai repris mon bouquin, et je lui ai trouvé plus de subtilité, une jolie manière de décrire les humains, acariâtres-attachants, frivoles-gravement, j’ai souri, j’ai compris, et même j’ai pleuré.
Et quand j’ai terminé ce roman écrit par un Nobel, j’ai trouvé finalement qu’il était plutôt bien.

C’est l’histoire d’une objectivité, perdue ou retrouvée, à vous d’en décider, car sur ce coup, les gars, je ne sais plus trop à quel jugement me fier, le bandeau sur les yeux, ou le regard inculte…

Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des blogueurs.

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur Le Journal d’une voisine :
>Virgine B.

12.06.2009

L’ange déchu

teulé.gifDans une autre vie, Jean Teulé fut un ange blond et bouclé, ménageant ses apparitions dans l’Assiette Anglaise de Bernard Rapp.

Ci-gît donc Jean Teulé, dans les limbes de ma mémoire télévisée, chroniqueur décalé, dévoreur de culture dans un cadre feutré.

L’ange blond a muté, chrysalide éclos écrivain, étrange écrivain, catégorie bizarre, découvert pour ma part dans son inquiétant « Magasin des Suicidés »

Ici encore, avec Les Lois de la gravité, Jean Teulé poursuit la veine du morbide-burlesque.

Vingt-deux heures dans un commissariat de quartier. Une femme vient se livrer à la Police, s’accusant du meurtre de son mari, commis 10 ans auparavant, crime qui sera prescris le soir-même à minuit.

Le roman déroule donc ce face-à-face d’une nuit : une femme coupable mais innocente, battue par son mari ; un policier fatigué mais humain, se refusant à être l’instrument du destin.

Temps, lieu, action, Sainte Trinité de l’unité, tout est donc réuni pour faire une tragédie, mais un tragique moderne, misère et décadences du Fatum des petites gens.

Je ne crois avoir aimé. Non pas que ce roman soit objectivement mauvais.

Mais entre les personnages et moi, l’alchimie n’a pas pris.
Ou plus exactement, entre eux et moi, il y avait un 3ème homme trop présent, l’auteur, maniant ses marionnettes comme des pantins désarticulés, disséquant le sordide pour mieux s’en rassasier…

Et puis parfois, sans qu’on sache vraiment pourquoi, un style ne vous parle pas, il sonne faux à l’oreille, comme un rythme dissonant, vaguement inquiétant.

Oui, l’ange Teulé a bien muté, et finalement, c’est peut-être cela qui m’a le plus dérangée…


Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des Blogueurs

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur Les lois de la gravité :

> Virginie B.

> Pimousse

> George Sand

13.05.2009

Pictural magistral

arriere-saison.jpgLongtemps je me suis demandé sur quels critères on choisissait l’illustration d’un livre de poche ; savant dosage pour transformer cet objet-livre a priori banal en texte désirable.

Avec L’arrière-saison, de Philippe Besson, le choix de l’illustration pré-existait de facto à sa publication.

Car de ce roman, telle est la genèse : donner de la chair à une image plane - Nighthawks - mélo-tableau peint par Edward Hopper.

Passée la couverture, donc, se déploie une histoire avec trois personnages, un homme, une femme, et un barman.

Huis clos moite dans la fin d’un été, récit en demi-teinte d’une passion passée.

Car les histoires d’amour finissent mal, en général, et puis après viennent les souvenirs amers, et puis après encore, parfois, le temps des regrets et des possibles retrouvailles.

Malgré la belle idée, ce roman aurait pu être très mauvais, artifice appliqué pour justifier la scène figée sous nos regards.

Mais voilà, la promesse est tenue : au bout de quelques pages, les personnages prennent corps, et leurs souvenirs nous touchent par petites touches à peine entrecoupées de dialogues retenus.

Philippe Besson n’a pas trahi, mieux il a réussi cet ambitieux pari, faire durer l’atmosphère, pourtant si volatile, de la mélancolie d’une nuit.

 

Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des Blogueurs.

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur L’arrière-saison :

> Fafa

> Virginie B.

15.04.2009

Madame Agatha Bovary

emma_bovary.gifMadame Bovary, c’est le cauchemar de mes 16 printemps.
Décortiquer un roman pour le bac français, c’est à coup sûr en arriver à le détester.

Un Agatha Christie, c’est depuis toujours mon plaisir estival.
Cigarette allumée, grillons-grillons dans la moiteur d’une nuit d’été, pages tournées, sommeil flingué…

Avec son Agatha Bovary – littéralement Contre-Enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc m’aura fait prendre les hirondelles pour des grillons, jour de printemps transfiguré en soir d’été.

Et accessoirement, il m’aura presque réconcilié avec la bécasse de Yonville-l’Abbaye, pas si blanche oie que ça, on l’apprendra.

Car voilà, le suspense est là : Mais qui donc a tué Emma ? Le mari trompé, le pharmacien vexé, Rodolphe le dépravé ?

Meurtre sur fond d’études de mœurs, voilà le fond, et pour la forme, puisqu’il faut bien – douleurs passées ! – là aussi décortiquer :
Habile pastiche, qui m’a emmené où jamais je n’aurai voulu retourner, rouvrir Emma B. et constater que Doumenc mime le style Flaubert à s’y tromper, à croire qu’il a emprunté au maître sa technique du « gueuloir ».

Et quant à moi, à la recherche de mon Emma perdue, boucle bouclée, temps retrouvé, avec mon exemplaire souligné et corné, comme une petite madeleine d’un autre grand maître…

Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des Blogueurs.

 

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur "Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary" :

> George Sand et moi

> l'Electroménagère

> Pimousse

07.04.2009

Chair à télé

chloé delaume.gifPostulat : Patrick Le Lay a déclaré « Ce que nous vendons à Coca Cola, c’est du temps de cerveau disponible ».

Hypothèse : En soumettant un sujet lambda à l’exposition massive de programmes télévisuels, on pourrait observer une augmentation substantielle de sa disponibilité mentale.

Expérimentation : Le roman – catégorie autofiction ? – de Chloé Delaume, « J’habite dans la télévision ».

Chloé Delaume invite donc le lecteur à se faire spectateur – spectateur de Chloé Delaume regardant la télé sans discontinuer - paradoxale posture pour qui veut dénoncer les méfaits de la télé-réalité !

Mais ne mégottons point : si ce dispositif fictif est à peu près aussi vrai que les épisodes scénarisés de feuilletons de télé-réalité, le style est bien réel.

Poésie de l’ellipse et de l’anacoluthe, savante saveur des mots, rythme d’alexandrin : Chloé Delaume scande les phrases comme d’autres haranguent les foules, mais les foules sont nous.
Nous ?
« Vous » dit-elle « même si j’ignore en quoi peut consister ce vous, car rien n’est plus fragile qu’un pronom personnel. »

Ainsi assise devant l’écran, Chloé Delaume souffre et sulfure :
« Des glaucomes clématites s’épanouissent pleines fissures, hélas la moelle hélas se niait d’être injectée »

Cependant, avertissement :
Amateurs d’histoire, et de fiction sur TF1, passez votre chemin. Car si cette novo-langue hypnotise – à l’instar de son modèle cathodique – elle nous raconte peu et ne divertit point.

Mais après tout, Lecteur lisant un roman sur la télévision, aspirions-nous vraiment au même divertissement qu’en la regardant ?

Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des Blogueurs.

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur "J'habite dans la télévision" :

> l'Electromenagere

> George Sand et moi

> Virginie B.

01.04.2009

Alchimie d’une Physique des catastrophes

physique des catastrophes.jpgIl y a les grands romans. (voir Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1857).

Il y a les gros romans. (voir Il était une fois l’amour, Danielle Steel, 772 pages).

Et dans le cas présent - La physique des catastrophes, par Marisha Pessl - ce roman est aussi grand que gros (610 pages exactement).

Pourtant – l’ayant déjà lu il y a un an - je me suis replongée tête la première dedans, tant la fin incite à recommencer au début, en interprétant les signes autrement.

La narratrice, c’est Bleue. Et jamais la notion de narration subjective n’aura été si brillamment démontrée. (voir « Focalisation interne », in Figures 1, Gérard Genette). Car - depuis sa subjectivité - ce n’est pas un récit univoque que le narrateur fait, mais une interprétation potentielle d’un faisceau d’événements.

Bleue, 17 ans, est fille d’un professeur d’université en sciences politiques et d’une chasseuse de papillons qui a lui a légué son nom (Cassius Bleu, voir leptote Cassius, Dictionnaire des papillons, Meld ed., 2001).

Bleue, petit animal savant, parcourt les états d’Amérique (voir Sur la Route, Jack Kerouac, 1957) ingurgitant les miles autant que le savoir encyclopédique de son professeur de père.

Mais - et c’est là que le roman surprend - de Road-roman, il se métamorphose en teen-récit, épinglant comme autant de papillons les figures emblématiques d’un American College.

Et puis nouvelle mue, la comédie vire au film-noir dans la nuit d’une forêt (voir the Blair Witch Project, Myrick-Sanchez, 1999) et puis, et puis… mais on s’arrêtera là.

Marisha Pessl est américaine, elle a écrit ce premier roman à 27 ans, et sans doute qu’il fallait être aussi jeune et aussi américaine pour faire preuve de cette ambition littéraire-là : concentrer autant de genres narratifs en un seul récit.

Parfois, par le grâce du talent, le gros roman est grand (voir La physique des catastrophes, Marisha Pessl, Gallimard 2007)


Lecture effectuée dans le cadre du Prix Littéraire des Blogueurs. (Allez voir le site !) (et bravo à George Sand et moi pour cette initiative !)

 

Découvrez aussi les critiques des autres membres du jury sur "la physique des catastrophes" :

> Eli