22.04.2009

Bienvenue chez Charlie

Gitanes.jpgQuand je suis arrivée à Lille, j’habitais un quartier populaire.

Je vous parle d’un temps immémorial, où Lille n’avait pas encore été 2004 ni même 3000, un temps avant Martine, les bobos et le beau Lille.
« C’est le Nord » me disait-on devant les sombres courrées, les 15 cafés au kilomètre carré et les enfants dépenaillés.

Notre voisin du dessous, c’était le vieux Charlie.

Et je voudrais que vous tous qui lisez ce billet, vous ayez une petite pensée pour ce vieux Charlie, ce qui fera sans doute plus de gens pensant à lui qu’il n’en fut dans toute sa vie.


Charlie avait ereinté sa vie dans les chemins de fer, et au sortir de celle-ci, il avait échoué là, près d’une gare SNCF désaffectée.

Charlie n’avait ni frère, ni parents, ni femme, ni amis. Il avait pour seule compagnie ses gitanes maïs et les cafetiers du coin.

Charlie n’était pas vraiment méchant, juste saoul, la plupart du temps, tambourinant parfois à notre porte en éructant de le laisser entrer dans ce qu’il croyait fermement être son appartement.

Parfois, Charlie tombait et il gueulait, gueulait, gueulait, qu'on vienne le relever, jusqu’à ce que le Ch’ti descende prévenir ses seuls amis, les cafetiers du coin, à qui Charlie, en plus de quasi toute sa retraite, confiait aussi ses clés.

Un jour, nous sommes partis en vacances. Trois semaines. Charlie a dû tomber, Charlie a dû gueuler.

C’est en rentrant que nous avons appris la mort du vieux Charlie.


Où l’on s’aperçoit que blogguer, c’est parfois parler d’un inconnu à d’autres inconnus…

18.03.2009

Un éléphant à Lille XXL

lilleXXL.jpgCe week-end, il s’est passé 2 événements absolument concomitants : le lancement de Lille 3000 – édition XXL – et l’absence de mes filles.

Et c’est ainsi que je me suis retrouvée samedi en fin d’après-midi au vernissage officiel qui se tenait au Palais des Beaux Arts.

Bien entendu, j’avais été invitée en ma qualité de web-ambassadrice de la région ch’ti sévissant ici.

En réalité, je n’ai obtenu mon accréditation que grâce à mon statut de femme de mec à Hautes Responsabilités.
Que veux-tu, il faut bien que cela présente quelques avantages, hormis une grande liberté dans la gestion de toutes mes soirées et de la plupart de mes week-ends esseulée.

Un vernissage officiel, c’est une troupe de gens déambulant égarés au milieu d’œuvres qu’ils ne regardent pas, menés par un guide qu’ils n’écoutent pas, parce qu’après tout on n’est pas là pour ça, mais juste pour se serrer la main entre gens (très) occupés.

À un moment, y’a eu un attroupement concentrique et concentré dans un coin de la salle « Ahhh ! » j’ai soupiré « ils ont enfin servi le champagne ! ».
Mais non, tout au milieu, c’était une femme de gauche, Martine au vernissage.

Eh ben ça m’a fait chaud au cœur de constater que les travailleurs – même à Hautes Responsabilités – sont toujours aussi fortement attirés par le socialisme…


Où l’on s’aperçoit que blogguer, ça peut devenir un acte militant… à condition qu’il y ait du champagne.

13.03.2009

Ascension sociale sous plafond

plafond.jpgLes gens du Nord, ils sont très attachants.
Très attachés aussi. À toutes leurs habitudes.

Un gens du Nord, il est habitué à la pluie. Si d’un coup, on lui met du soleil, il aime pas ça. « Bouh, fermez-moi vite ce store » qui fait à chaque fois.

Alors, pour pas être trop dépaysé, le gens du Nord a décidé que les maisons seraient toutes pareilles. En brique et en longueur. Salon devant, cuisine au fond, chambres à l’étage. 2 mitoyennetés, toutes alignées.

« Tiens, c’est marrant, c’est comme chez moi » que tu te fais la première fois que tu rentres chez un étranger. Avant de voir que la maison-couloir, c’est un lieu commun à tous les gens du Nord.

Mais il y a différents degrés dans la maison-couloir, des variations subtiles de hauteur et largeur. Extrêmement pratique pour s’y retrouver dans les annonces d’immobilier.

T’as la « maison d’ouvrier ». La « maison de cadre ». La « semi-bourgeoise ». La « bourgeoise ». Et « la maison de maître ».
Je sais pas pourquoi, mais la maison d’ « assimilé-cadre », elle existe pas, celle-là.

Ma maison à moi, c’est une semi-bourgeoise. Avec 4 mètres sous plafond, idéale pour les lâchers de ballon.
Mais j’ai encore une belle marge de progression. Je vise les 6 mètres sous plafond.

Une ascension sociale, en somme.


Où l’on s’aperçoit que blogguer c’est d’abord partager son for intérieur. Et ensuite son intérieur.

12.03.2009

Coin-Coin

canard.jpgDans mon coin, il a fait beau ce week-end.
Il a fait beau, dans mon coin, ça veut dire qu’il a pas plu.

C’était la fête et les géants dansaient.
Dans mon coin, les gars soulèvent des géants de 150 kg et 3 mètres de haut. Et comme ils sont un rien crâneurs, les gars de mon coin, ils les font aussi tourner et danser.

Toute cette légèreté, ça nous a donné envie d’acheter aux Mini-Monstres une ménagerie sur-gonflée à l’hélium.

Et depuis, dans ma maison, c’est la fête aux lâchers de ballons. Toutes les 7 minutes 12. Qu’il faut donc aller récupérer. Toutes les 7 minutes 12. Itou. Sous le plafond.

Oui, dans mon coin, les maisons, elles ont 4 mètres sous plafond.
Enfin, pas toutes, mais ça je t’expliquerai demain.


Où l’on s’aperçoit que blogguer sans être parisienne, ça demande beaucoup plus d’imagination. Et de hauteur sous plafond.

23.12.2008

La trêve des cons faiseurs

bonbons.jpgJe t’ai déjà dit que je n’aimais pas l’hiver frileux et Ch’ti ?

Ah oui, ici, et encore ici.

J’ai un minimum de dignité.


Je ne voudrais pas me répéter, façon bêtisier de fin d’année de tous les faiseurs de conneries de la télé qui sont partis skier.

Ou se baigner.

Quelle que soit l’option choisie, de toute façon, ça finira dans Voici.

Oui, j’ai un minimum de dignité. (Je pose 2 et je retiens 4, je multiplie par la racine carré de 3600, et je divise par Pi 3,14. Oui, c’est bien ça, j’ai 1,2 sur l’échelle de la dignité)

Je préfère me taire quelques jours. Me mettre au vert. Enfin, au gris, parce qu’ici…
Je te l’ai déjà dit ?

Ah oui…

04.12.2008

Tristes Nordiques

marine.jpgJe hais le Nord et ses brumes assassines.

Pour qui n’a jamais pénétré en ces terres inhospitalières qui s’étendent depuis la Manche jusqu’aux frontières de la Belgique, il paraît inconcevable d’imaginer qu’un ciel puisse être aussi uniformément gris, depuis la pointe du jour jusqu’à sa tombée, et encore plus inconcevable encore que tout ses habitants ne laissent pas pour autant leur esprit et leur corps envahir par ce gris.

L’étranger qui se fixe en ces lieux doit accomplir s’il peut un effort sur lui-même – et imiter en cela la primaire nature de ceux qui y sont accoutumés depuis la tendre enfance – il doit, dans le même temps et dans une nécessaire concomitance, fermer les yeux devant ce ciel si bas qu’il semble empeser l’air, tout en ouvrant son cœur à ce qu’ici l’on nomme « chaleur humaine ».

Métaphore qui révèle de ces peuples nordiques l’aptitude inconsciente à établir des équivalences entre le monde inanimé et la chair de l’humanité.



Big Up à MC Claude Lévi-Strauss, qui en ce moment peuple mes rêves… et ma table de nuit.

07.07.2008

L’alcool tue, MDR !

champagne.jpgL’autre soir, j’ai revu mes copains de remonte-seins.

Mes copains de remonte-seins, c’est mes copains avec qui je travaillais pour un catalogue sexy. Notre premier job. On était jeunes. Et cons. Et jeunes. Et cons.

Depuis, beaucoup se sont lancés tels des étalons fous dans le vert pré de l’indépendance. On est free-lance, quoi. Du coup, on est invités à des soirées hyper branchées avec de la musique à fond et des ballons noirs qui dansent.

Cherche pas, c’est conceptuel. On est des créatifs, bordel !

Enfin, à notre époque salariée, c’était plutôt : « Eh les créatifs, c’est quoi ce bordel ?! » Oui, on avait beaucoup d’affinités pour déconner. Normal, on avait été recruté selon nos signes astrologiques. Véridique.

Alors là, tous rassemblés 10 ans après alors qu’on s’était même pas donné rendez-vous même jour-même heure-même place, on a bien profité de la soirée et du champagne à discrétion. On assure, côté discrétion.

« Tiens » on s’est dit « si on faisait comme si on était jeunes ? Et cons. Et jeunes. Et cons. »

« OHHH » a dit ma copine en regardant le ballon noir crevé qui avait échoué à ses pieds, sous sa robe noire donc « y’a ma culotte qu’est tombée, les gars ». Et c’est là qu’on voit qu’on est des créatifs.

Une culotte en latex noir, nickel, on s’est dit, mais il faudrait la doubler de coton bio perspirant, pour l’hygiène. Super produit avec un énorme débouché sur le marché des masochistes écologistes !

Après, ma copine nous a dit l’âge de ses fils. Et là on s’est dit que dans « jeunes et cons », c’est surtout cons qu’on était.
J’en voulais plus, de mes enfants qui faisaient que vieillir et moi avec.

Pis 2 jours après, j’ai vu mes copains d’école.

Pas les copains de mon école à moi, attends, en 20 ans, y’en a qui tournent mal, banquier ou notaire. Les copains-parents rencontrés à l’école de mes filles.

C’est vachement pratique, les copains d’école. Ça te donne une occasion de te marrer à la fête de l’école. Et de boire. Et de te marrer. Et de boire.

Finalement, je veux bien les garder, mes filles qui vont à l’école.

26.06.2008

Scène de la vie urbaine. Acte II.

theatre.jpgDidascalie visant à t’introduire dans l’action « in medias res », parce qu’on n’a pas ça à foutre, de la note sur son blog. On doit aussi vivre des événements dans sa vraie vie qu’on pourra raconter « a blogsteriori ».

Silence mystique dans le bureau de la Ch’tite, occupée à créer à sa table de travail tel un esclave des temps modernes. Soudain, point de cri dans la nuit, mais une sonnerie de portable dans le jour.


Une voix au bout du fil, en ch’ti dans le texte, sans Allo ni Bonjour
(Fan de Baffie le Dimanche sur Europe 1 ?) : J’iro ad’taleur chez le vétérinaiiiiiiiire !

La Ch’tite, point déconcentrée pour si peu : Pardon, chère Petite Madame, mais il me semble que vous fîtes une erreur de numéro.

La voix, au bord de la crise de nerf : HEIIIN ? Kok chô donk euch’bazard, ces machines, lààààààààà ? TUT-TUT-TUT

Le Coryphée, s’avançant au milieu du bureau : Que retenir, demanderas-tu Public, de cette scène de vie urbai… Aie, Putain, zêtes folle ou koi, vous zauriez pu me tuer ?!

La Ch’tite, qui a lancé son cutter ouvert à la tête du Coryphée : Mais c’est quoi, ça, débarquer dans mon bureau sans prévenir !! Va donc, eh, Satyre !! Cass’toi Pauv’ Con !!


Et tandis que les insultes et les projectiles pleuvent sur le Coryphée, le rideau rouge tombe au milieu du bureau de la Ch’tite, qui se lève très énervée pour le rouvrir, parce que c’est pas tout ça, mais faudrait voir à voir clair dans ce bureau, si on veut bosser un peu pour se payer en fin de mois.

CLAP, CLAP, CLAP, CLAP…


Après la représentation de cette œuvre d’anthologie, Tu ne seras point étonné, Lecteur, d’apprendre qu’Avignon et son festival sont chers à mon cœur à plus d’un titre. Oui, Ami, comme dit si bien Bilto, le théâtre c’est mon Dada. Surtout le théâtre Dada. Et pour t’en convaincre définitivement, je t’invite à relire cette œuvre qui fera date dans l’histoire du théâtre de blog.

Une œuvre qui fera date dans l’histoire du blog ! » Télérama )

16.06.2008

Ménage à 2

serpillière.jpgIchi dans le Nord, tous les week-end, « on fait son Samedi ».

Ça veut dire qu’on sort sa wassingue eud’ serpillière, qu’on retrousse ses manches, et qu’on brique sa maison de la cave au plafond, trottoir compris, comme ça les voisins, y vont bien voir qu’on est une femme respectable qui fait son Samedi, et pas une de ces souillons de Marie-couche-toi-là.

Moi, mon Samedi, je le fais le Lundi.
Et c’est pas moi qui le fais, c’est ma femme de ménage.
Qui est beaucoup plus respectable que moi, c’est pourquoi j’ai décidé de lui confier le soin de ma réputation auprès des voisins.

Donc le lundi midi, avant d’attaquer son Samedi, ma femme de ménage et moi, on parle.

Enfin, elle parle, et moi j’opine.

Alors notre conversation qu’elle fait toute seule, ça suit un ordre immuable, semaine après semaine :
Cours de la tomate, Point Météo, Bulletin de Santé.

Le Cours de la tomate est indexé en direct live sur le marchand de primeurs du marché, et t’avoueras que c’est bien plus utile que l’indice Nasdaq, en ces temps de pouvoir d’achat-chahuté-thé au lait-lait de vache…

Le Point Météo, ichi dans le Nord, ça se résume à une phrase « Quel temps, hein ». Sous entendu « quel temps pourri » mais on la fait courte, le temps est toujours pourri, ichi. Non, rectification, parfois c’est « ouh là, mais quel temps ! » et ça, ça veut dire qu’il fait chaud, et le gens du Nord déteste le chaud trop chaud.

Enfin le Bulletin de Santé, et c’est la partie de bravoure de ce discours, avec toujours quelques petits détails croustillants à savourer pendant mon déjeuner (oui, elle parle et je déjeune, c’est pour ça que j’opine, j’ai la bouche pleine…)
Ainsi, on a eu 6 bonnes semaines « kystes et ovaires » véritablement haletantes.  En ce moment, on vient de rentrer dans une palpitante phase, « dentiste et dépression », où l’on a déjà appris que la prise d’antidépresseurs empêchait la cicatrisation des dents arrachées…

Mais tu sais quoi, en fait, je ne me moque pas : je lui baise les pieds plein d’ampoules, à « Celle Qui M’a Permis d’Echapper Enfin à la Corvée du Samedi. »
Enfin, une des corvées, c’est pas ce qui manque le Samedi, j’te raconte pas.

Ah non, j’te raconte pas, sinon je vais te dire quoi dans les prochains billets ?

10.06.2008

Radio-thérapie

cerveau.jpg Ami ch’ti, t’en souviens-tu, du temps béni de Radio 21 ?

Radio 21, radio belge, radio bien, qu’on captait ichi au Nord de Paris.

Y’avait du rock, du vieux du lourd. Y’avait de la pop, de l’avant-garde, comme seuls les belges savaient la dénicher – je vous parle d’un temps pré-Internet. En l’an 5 avant MySpace…
Y’avaient des animateurs Edouard Baer-isant – Rudy Léonet et Hugues Dayet - pour qui les sorties cinéma du mercredi étaient prétextes à des divagations métaphysico-ubuesques.

C’était pour les jeunes, c’était pour les vieux, on s’en foutait, on écoutait. Et puis un jour, un Directeur Marketing a dû passer par là. Ça foutait le brin dans ses études quali, ce mélange de socio-styles. « Reformatons » qu’il a dit, « On va faire 2 radios nulles au lieu d’une bonne »

Depuis, t’as « Classic Twenty One », la radio que tu te prends pour Johnny en Harley quand tu l’écoutes. Et puis « Pure FM » la radio pour les jeunes que je peux pas te dire, parce qu’on la capte plus ichi, mais bon le nom, c’est pas la pure trouvaille.

Alors on écoute Le Moov’ pour le son. Pour les animateurs, ben, y’a Jessica sous la couette.

C’est jeune, donc c’est con. C’est un concept à la française.

Au secours, Belgicain, reviens, on est cousins !

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