19.11.2009

Notre pain de ce jour

pain.jpgIl y a dans la baguette le luxe d’un instant : voilà un pain qui ne peut se manger que frais, chaud et craquant.

Pour faire une simple baguette, il faut de l’eau, du pain et du levain et puis toute une ville autour, une ville avec des boulangers juste à côté des gens.

Des gens prêts à se lever, à sortir dans les rues, habillé trois fois rien, le regard embrumé, pour aller acheter le pain de leur matin.

Et puis « Bonjour Madame, 1 baguette, 4 croissants »  et le regard des vieux qu’on croise ici, ici seulement, car la jeunesse songe.

Oui, il y a dans la baguette le luxe d’un instant, de celui qui s’enfuit avec ma jeunesse.

Dimanche dernier, ces mots, dans ma rue, dans ma tête, revenant du boulanger, ces mots vite gribouillés, un papier oublié… Et puis, ce matin, le billet de Violette, qui m’y refait penser, papier tout chiffonné, retrouvé dans mon sac, avec quelques miettes…

 

Crédit photo : cuisinez-moi

06.11.2009

Le troixième sexe

talon-aiguille.jpg

Dans ma ville, il y a, un boucher, des notables, un marché.

Dans ma ville, il y a, des écoles, des rumeurs, des rues piétonnes.

Et puis, il y a, aussi, c’est nouveau un Monsieur Dame.

Sur ses jambes, haut perché, sac à main, maquillé, et aux oreilles, des boucles, des boucles rondes et noires, qu’il enlève en massant doucement le lobe douloureux.

Je le regarde passer, sur la place du marché, et je me dis qu’il faut tellement tant de cran pour assumer tout ça, ici, dans cette ville, les notables, le boucher, rues piétonnes et école.

Quelques mois ont passé. Samedi, toujours, jour de marché.

À travers la vitrine, je la vois hésiter. Talons hauts, jupe serrée, les seins bien dessinés, ses cheveux ont poussé.

A travers la vitrine, je la vois hésiter, Madame à peine Monsieur, et puis s’illuminer, sourire lèvres accroché.

Le boucher l’a salué, grand geste de la main, et je la vois heureuse.

Dans ma ville, il y a, des notables, mais ce n’est finalement pas tellement tant, non pas si grave que cela.

 

06.05.2009

Arte Fact

Vincent-Francois-Paul-et-les-autres.jpgÇa s’est passé, cette semaine sur Arte.

Vincent, François, Paul et les autres,
fument, fument, encore et encore, dans les cafés, les restaurants, les salles de sport… et aussi chez – avec ! – le médecin.

Et puis, élément de l’intrigue, ils doivent téléphoner et vite, vite, trouver le poste le plus proche, chez des amis ou au café, rentrer chez eux et ne pas rater l’appel tant attendu.

Nostalgie derrière la vitre
– regards lointains dans les reflets - figure de style chez Claude Sautet.

Et double nostalgie derrière l’écran, de ce monde – il n’y a pas si longtemps – où l’on pouvait fumer sans discontinuer et téléphoner par intermittence…

25.03.2009

Entre les murs…

murs.jpgLa mère, la mère toujours recommencée,
malgré les cris, les colères, les mini-guerres de bacs à sable…


Mais pourquoi nos enfants mettent-ils tant d’énergie à tester nos limites ?


La mère, la mère toujours recommencée,
chaque nouveau matin, être mur des lamentations comme barrières de protection…


Et puis entre les murs, ouvrir pour eux la porte étroite qui conduit à la vie.

16.03.2009

Inspirée à fond

calvaire.jpgLa voix de l’inspiration s’est tirée avec mon dictionnaire.
J’ai plus que des mots à la con dans ma tête, c’est un calvaire.

Un calvaire ?

Je me demande si je peux vraiment utiliser ce terme alors que je n’ai pas atteint les 90 ans ? En plus, mon calvaire, dans mon village de ma Provence, c’est le plus beau lieu de la terre. Creusé à flanc de rocher, bordé d’oliviers, dominant la vallée.
Tout sauf le Golgotha, quoi.

La voix de l’inspiration s’est tirée avec mon dictionnaire.

Je serais bien tentée de te dire que c’est la misère. Mais faudrait pas oublier qu’au feu rouge, je suis du bon côté de la vitre, avec la radio, l’air chaud, les clés de ma maison et de mon bureau.

Alors quoi, la voix de l’inspiration s’est tirée, et s’il faut qualifier l’événement, disons indépendant de ma volonté ; et quant à quantifier, passager, je l’espère.

Mais la voix de l’inspiration est impénétrable…


Où l’on s’aperçoit que blogguer, c’est se confronter plus souvent que de raison au manque cruel d’inspiration...

 

EDIT post traumatisme :

Et en souvenir de lui, si souvent inspiré, rendez-vous par ici, contempler les Lego.

04.03.2009

Je lui dirai les mots blancs

mots_ben.jpgIl faudrait savoir écrire sans emphase.

Dire les mots, sans effets.

Il faudrait, mais je ne sais.

Effets, efforts, affects.

Désir d’écrire, tourments de l’âme.


Tu sais que la voix de l’inspiration est une farceuse : comme d’hab, elle a attendu que je sois presque endormie, sans papier à porter de main, pour me susurrer ça, et puis elle est repartie pioncer peinard, après m’avoir bien réveillée.

Mais le lendemain, elle s’est rattrapée, en me faisant croiser le chemin de ce joli billet de SeconFlore, qui m'a éclairé sur les tourments du trop.

 

Où l’on s’aperçoit que blogguer, c’est autant écrire que lire.

17.02.2009

Mauvaise foi

milo.jpgJe ne serai jamais Yves Bonnefoy.

Oui, passé un certain âge, il faut bien admettre certaines réalités.

Je ne porterai jamais le doux nom de Bonnefoy.

Alors que, quoi, connais-tu plus beau nom que celui-là ?

Je ne serai jamais titulaire de la chaire de poétique comparée au Collège de France.

Alors que, putain, ça se pose là sur un CV.


Je n’écrirai jamais :
« Il y avait qu’il fallait détruire et détruire et détruire,
Il y avait que le salut n’est qu’à ce prix
Ruiner la face nue qui monte dans le marbre,
Marteler toute forme, toute beauté,
Aimer la perfection parce qu’elle est le seuil,
Mais la nier sitôt connue, l’oublier morte,
L’imperfection est la cime ».

Je ne l’écrirai jamais, parce que Bonnefoy l’a écrit avant moi.

Et je l’en remercie.

Même si, même si,  j’aurais tellement aimé l’écrire avant lui.

Voilà pourquoi, sur ma tombe on martèlera « Regrets éternels ».

21.01.2009

Mal armée

jeanne-d'arc.jpgAme, ma sœur âme, ne vois-tu rien venir ?

Je ne vois que l’avenir qui poudroie et l’herbe qui ne verdit pas.


Mon âme est en veilleuse, petit feu-follet qui vacille dans le vent et s’attise dans l’humour.

« Ne perdez jamais votre sens de l’humour, ça vous sauvera » m’a dit en guise d’adieu une femme qui a beaucoup compté pour moi à 20 ans, médecin des bleus à l’âme. « Et surtout, ne laissez pas votre peur vous tirer en arrière ».

Rire et l’écrire, pour le faire exister, rire pour ne pas laisser gagner la peur, alors qu’on se sent si mal armée pour le bonheur…

« Ton acte toujours s’applique à du papier car méditer sans traces devient évanescent »
C’est beau, oui, comme Bowie, échappatoire des mal armés comme Mallarmé.

15.10.2008

Si loin, si proche…

guillaume-depardieu.jpgJe ne le connaissais pas, il n’avait jamais entendu parler de moi…

Étrange comme parfois on est bouleversé par la mort d’un être lointain pourtant proche.

Guillaume Depardieu, émouvant dans ses détresses, fort de ses faiblesses, fils déchiré, père imparfait, frère en humanité…

Nous avons sur les morts cette étrange prescience, les savoir déjà morts, et c’est comme si alors leur vie préfigurait le tragique d’un destin, que pourtant nous savons au cœur de l’existence.

Humain, trop humain, mortel en somme.

10.10.2008

Le mal des débutantes

Salammbo.jpgAu commencement était le début.

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar… »

Que veux-tu écrire après cela ?

Que veux-tu écrire qui commence aussi parfaitement, après cela ?

Au commencement était le verbe, le nom, le complément… et tout le reste après n’est que pur remplissage.

Vois-tu, dans les billets, je n’aime que le début.

Alors, voilà. C’est tout.

Au commencement était le début, et dans la fin le venin.

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